Quelques Bugatti

Si jamais vous ressentez une certaine lassitude à entendre parler du 80e anniversaire des Remparts d'Angoulême, n'hésitez pas à me le faire savoir. Ça me donnera le courage de continuer à vous en entretenir. A Angoulême, il y avait des Bugatti. Je nourris une sorte de passion — le terme est très exagéré, je ne suis pas de nature passionnée — pour les Bugatti. Mes préférées sont, de loin, les Type 35 et assimilées. Pour moi, c'est l'automobile la plus parfaite dans ses lignes. Il ne semble y avoir que l'essentiel, le nécessaire. C'est la pureté automobile, la perfection absolue.
Quelques jours avant Angoulême, plusieurs Bugatti type 13 (et affiliées) se promenaient sur les petites routes de Dordogne. Je n'ai pas réussi à connaître précisément le parcours et bon, je les ai ratées. Je comptais bien les retrouver pour les Remparts. Il me semblait étonnant que des Bugatti passent à proximité de la Charente à l'occasion de ces 80 ans de la célèbre course des Remparts et qu'elles ne s'y rendent pas. Elles y étaient.
Si la type 13 n'est pas ma préférée, la chance d'en voir autant réunies ne pouvait pas être manquée. La type 13, la vraie type 13, c'est la "Brescia". Une automobile de course produite à cinq exemplaires. Alors, moi, je ne comprenais pas comment on pouvait en voir facilement une dizaine. J'ai questionné des propriétaires de Bugatti présents et les réponses ont été évasives et contradictoires. Ceci étant, je pense avoir compris. L'authentique est bien la type 13 mais les type 15, 17, 22 et 23 sont des variantes de cette automobile. On ne sait pas combien de 15 et 17 ont été produites. Apparemment, il y a eu trois type 22 et trente deux type 23. Toutes partagent le même moteur, un quatre cylindres de 1368cc à seize ou huit soupapes. Les plus nombreuses, la type 23, étant équipé du moteur à huit soupapes, le moins noble et sans doute le moins puissant. Ceci dit, rien n'est très clair et au gré des refabrications et des commandes spéciales de l'époque, tout reste possible. Ainsi, souvent, les type 13 et affiliés présentes à Angoulême avaient un double allumage assuré par deux magnétos. Pour certains des spécialistes avec qui j'ai discuté, toutes les "type 13" ont ce système quant, pour d'autres, non. Visiblement, certaines des automobiles ont bien un allumage simple à une seule magnéto mais la logique m'échappe. Nous parlons là d'automobiles qui ont toutes plus de cent ans, construites entre 1910 et 1914.

Bugatti
Plutôt courte en raison de son petit moteur, les Bugatti de ces types n'arborent pas encore tout à fait ce radiateur en forme de fer à cheval si caractéristique. Pour tout dire, cette forme me fait plutôt penser à celle d'un œuf avec sa base renflée. Un œuf un peu trop pointu, il est vrai. Pendant longtemps, les Bugatti avaient leur volant à droite. Et c'est là que l'on comprend qu'elles ont été conçues pour les droitiers. Eh oui ! Les commandes de freins et de vitesses sont bien à main droite, à l'extérieur de l'habitacle ! C'est qu'il n'y a pas beaucoup de place pour les mettre à l'intérieur. Par contre, on trouve toujours la place nécessaire pour une petite pipe, dans une Bugatti.

Bugatti
Pour les commandes à disposition du pilote, j'oubliais la pompe de graissage que l'on peut voir sur cette Bugatti 8. A l'époque, on devait être à l'écoute de la mécanique pour espérer la mener loin. Une côte ? Un dévers un peu prononcé ? Un besoin de reprise ? Le moteur rechigne, est à la peine, il faut lui donner un coup de main en injectant une bonne rasade de lubrifiant ! Derrière le large cerceau, les yeux fixés sur la ligne bleue des Vosges si l'on est du côté d'Epinal, on dirige le véhicule avec vigilance et concentration. Ici, s'il pleut, on se mouille, s'il fait froid, on se caille les miches. Le confort n'est pas l'élément clé de ces Bugatti. Le plaisir est à aller chercher dans la mécanique, dans le son, les vibrations qui vous chatouillent le fondement.

Bugatti
Toutefois, on peut avoir l'idée de circuler en pantalon court derrière un pare-brise et avoir l'envie de ranger ses petites affaires dans un coffre. Pas de problème, c'est possible ! On a pensé à tout. L'idée du coffre est d'ailleurs, sur cette Bugatti n°9, interprétée de la meilleure façon qui puisse être. Ça, oui, c'est du coffre, du vrai, en bois d'arbre. On tentera en vain de comprendre pourquoi le phare éclaire le chemin parcouru plutôt que la route à venir mais la passion a ses raisons que la raison ignore, dirai-je en m'inspirant de ce cher Pascal. On ne manquera pas de noter que les genoux ne doivent pas être trop à leur aise et qu'il s'en faut de peu pour qu'ils buttent contre la planche de bord réduite à sa plus simple expression. On ne peut cependant pas les ranger dans le coffre ou dans la boîte à gants (qui elle, est absente).

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Et si l'on n'a pas opté pour l'option adéquate, si l'on n'a pas le coffre en bois, on a la solution de se munir d'un sac à dos que l'on placera sur la roue de secours, derrière le réservoir à carburant. Alors, pour plus d'authenticité, il faudra bien entendu se coiffer d'un chapeau de brousse maintenu en place par un cordon élégamment passé sous le menton. Et puisque l'on jouera alors la carte de l'élégance, la chemise ne se concevra que blanche avec le col relevé ou, pour le passager, en doudoune rouge et casquette bien enfoncée sur l'oreille. Ceci impliquera par contre que les phares soient disposés de manière à, banalement, éclairer la route vers l'avant, un rétroviseur permettant de jeter un œil vers l'arrière à l'occasion.

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